Le
film de Baz Luhrmann a adapté l'œuvre du dramaturge, tout en
gardant à l'esprit l'essence de l'histoire racontée.
Transposés en plein XX ème siècle, les héros de la
tragédie shakespearienne, tous présents, restent fidèles au
dialogue et effectuent un rappel constant à l'œuvre originale. En
effet, les thèmes et la structure théâtrale du texte sont
conservés. Dans ce sens, Baz Luhrmann ne déstructure pas la pièce.
Il la sublime par la création d'un univers féérique, coloré et
musical, tout en intercalant des moments dramatiques, dans lesquels
la tension est à son comble. La bande originale, signée Craig
Arsmtrong, participe à ce double effet, à la fois familier et
étrange, festif et bouleversant, actuel et classique. Même si le réalisateur fait appel
à la culture et au comportement de son époque, notamment par
l'intrusion des médias et des institutions américaines, il ne perd
pas de vue son objectif : une adaptation fidèle et contemporaine de la
pièce d'un dramaturge en avance sur son temps. En effet, William
Shakespeare est un auteur moderne dont les pièces possèdent un
caractère intemporel. C'est ce que précise Joseph Leo Mankiewicz
lors du tournage de son adaptation de la tragédie de William
Shakespeare, Jules César (1599), en 1953 :
« Si
j'ai tourné Jules César, c'est que je ne connais pas
d'auteur dramatique plus vivant que M. Shakespeare. Je crois que,
convenablement porté à l'écran aujourd'hui, il en a plus à dire,
et plus profondément sur l'être humain et ses rapports avec la
société qu'aucun écrivain d'hier ou d'aujourd'hui »1
La
pièce Roméo et Juliette, comme celle de Jules César,
exploite les sentiments et les états d'âme de l'homme, tout en
y intégrant une tension dramatique et une violence propre au théâtre
élisabéthain. Baz Luhrmann, en choisissant l'histoire tragique des
deux amants de Vérone, permet de la réactualiser par la force et l'esthétique de l'image ; et de montrer que
son auteur constitue une source d'inspiration inépuisable, encore de
nos jours.
Notes de bas de page :
1 DELMAS
Laurent, Le Tout-Ciné, Paris
: L'archipel, 2008,
p.162